Thiebault le sage homme

LE PLUS. Être sage-femme lorsque l'on est un homme, ce n'est pas facile tous les jours. Récemment, un blogueur refusait qu'un sage-femme homme s'occupe de l'accouchement de sa femme. Où est le problème ? Yann Sellier exerce cette profession majoritairement féminine à l'hôpital Necker. Il est souvent amené à se justifier sur son métier.

La profession de sage-femme (SF) est ouverte aux hommes depuis 1982. En 2011, il y avait 347 hommes dans la profession (soit 1,92%), selon les sources de la DREES (les professions de santé au 1er janvier 2011).

Malgré une orientation davantage tournée vers la technique, les hommes SF se retrouvent dans tous les modes d’exercices. Ceci a été décrit par Phillipe Charrier dans "Les mutations professionnelles comme soutien de la présence des hommes dans la profession de SF", en 2013.

"Ah ! Un homme sage !"

Pourtant, souvent, lorsque je rentre dans une chambre et que je me présente en tant que sage-femme, certaines personnes (surtout les hommes) me disent "Ah ! Un homme sage !", comme si le mot "femme" dérangeait ou n’était pas approprié parce que je suis un homme…

Or, le terme sage-femme dérive de sapiens (pour sage) qui veut dire "celui qui a la connaissance", l’expérience, c’est celui qui connait la femme – même si dire que nous connaissons vraiment les femmes (que l’on soit homme ou femme) est sans doute prétentieux.

Étant le seul homme dans ma maternité, on me repère facilement (ce qui a des bons et des mauvais côtés).

Je ressens parfois le besoin de me justifier sur le terme de sage-femme, et devant des personnes parfois surprises, me posant la question "Pourquoi sage-femme?", je me sens dans l’obligation de prendre quelques secondes pour en parler. C’est aussi une manière d’aborder les couples avant de commencer les examens médicaux.

Je dois montrer "patte blanche"

Parce que je suis SF, mais sans doute encore plus parce que je suis un homme, je me sens également dans l’obligation de prendre le temps d’expliquer tout ce que je vais faire et attendre l’approbation de la patiente.

Il est vrai que nous mettons moins de distance avec nos patientes que les gynécologues. Ceci s’explique par l’exercice même de notre profession, puisque nous suivons un travail pendant des heures, que nous pratiquons l’accouchement et les suites de couche. Nous avons besoin de cette proximité pour accompagner les couples. La relation fait partie intégrante du soin. Les gynécologues sont en contact des patientes pour une ventouse, un forceps, une césarienne. Ils doivent prendre de la distance et du recul parfois.

La curiosité des couples les amène à nous interpeller facilement afin de nous poser des questions sur notre profession. L’homme sage-femme a donc plus l’opportunité de parler de sa profession et d’énumérer ses compétences que les femmes SF.

Je fais mon travail de SF avec la même passion et le même respect que mes collègues féminines. En revanche, lorsque j’interviens, j’ai conscience que je peux bousculer les représentations que les couples ont de l’image de la SF. Cela pose question. Il faut le plus souvent montrer "patte blanche" plus à monsieur qu’à madame. En tout cas, c’est ce que je ressens. Mais après quelques minutes passées avec le couple et surtout en expliquant les choses, en rassurant et en faisant participer le futur père, les choses se passent souvent très bien.

Une homme sage-femme est avant tout une sage-femme

Je sens surtout un questionnement, une curiosité, car ma profession appartiendrait à un monde de femme dans l’esprit des gens. Se poserait-on la même question à propos d’une femme qui pratiquerait un métier d’homme ? Mais à l’heure où nous parlons beaucoup de la parité homme/femme, je pense que ces idées reçues et les cases dans lesquelles nous mettons les professionnels et métiers doivent évoluer et s’affiner.

Un homme SF est avant tout une sage-femme et donc un professionnel de santé. Il exerce une profession médicale au même titre que ses collègues SF femmes.

Dans ce cursus, il a suivi la première année des études communes en santé, à côté des futurs médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes, puis a suivi quatre ans de spécialisation avec des épreuves strictes, et un mémoire de fin d’études qui est souvent publié sous forme d’article par la suite. Il a la même formation et les mêmes épreuves que ses collègues femmes, et donc les mêmes compétences.

Il est plus facile de se faire entendre lorsqu'on est un homme...

Diriez-vous qu’une femme médecin, ministre où même garagiste serait moins compétente que les hommes sous prétexte que ces métiers seraient réservés aux hommes ?

Je pense qu’il est sans doute plus dur d’être une femme dans un monde de femme : être une femme dans un métier où l’on attend d’elle qu’elle soit dans les stéréotypes. La femme SF doit montrer qu’elle est à l’écoute, attentionnée, proche de la patiente… Et ceci est considéré comme "normal", "naturel" et par là même rendu invisible.

L’homme peut montrer son côté viril mais explorer sa "féminité" et laisser sa sensibilité se développer. Son écoute et son dévouement auprès des femmes seront vus comme "supers", "extraordinaires" et seront donc plus valorisés dans certains cas que pour une femme. Être un homme dans un monde où l’on ne nous attend pas nous laisse plus de liberté.

Ce que je trouve assez intéressant à noter est que malgré la proportion d’homme dans la profession, une grande majorité s’investit dans les associations et syndicats de sages-femmes pour faire reconnaître notre profession. Mais il est vrai qu’il est plus facile de se faire entendre quand on est un homme…

Je me demande où en seraient nos revendications si la profession était majoritairement composée d’hommes et si le terme sage-femme prenait un autre nom, à consonance masculine...

  • Agustin Ortiz
    Il y a 20 minutes
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